De Storytelling aux Ecrits corsaires (ou l'inverse)
Ce matin, après avoir lu l'article sur Storytelling, la machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits, de Christian Salmon (un grand merci à Guy, qui a laissé un lien ici), j'ai recherché des articles sur le 22ème Salon du Livre (oui, ben, c'est la magie des associations d'idées...).
Vous vous souvenez ? C'était en mars 2002. L'Italie était à l'honneur ; Silvio Berlusconi en personne devait prendre de son précieux temps pour assister à l'inauguration de ce Salon. Sauf que... Catherine Tasca, alors Ministre de la Culture, avait refusé d'inaugurer ce salon, pour ne pas avoir à serrer la main du président du conseil italien. Hé hé ! Avouez qu'en repensant à Sarkozy faisant carpette devant Khadafi, ce temps-là vous paraît bien loin ! Comme si l'on avait depuis basculé dans la quatrième dimension.
En mars 2002 donc, grosse polémique et mini scandale. Le Syndicat de la Communication, de la Culture et du Spectacle avait même appelé à un rassemblement anti-fasciste, le 21 mars.
Ca date un peu, certes, mais c'est tout de même intéressant de relire ce qui se disait à l'époque sur l'Italie berlusconienne. On aurait presque pu croire qu'un tel fléau ne s'abattrait jamais sur la France, pays-des-droits-de-l'Homme-bla-bla-bla. On regardait cette droite bling-bling avec effarement, sans trop réaliser qu'elle rampait déjà vers le palais de l'Elysée.
Bref. Je suis tombée sur cet extrait des Ecrits corsaires, de Pasolini :
« Le centralisme fasciste n’a jamais réussi à faire ce qu’a fait le centralisme de la société de consommation », écrit Pasolini en 1973. « Le
fascisme proposait un modèle, réactionnaire et monumental, qui est
toutefois resté lettre morte. Les différentes cultures particulières
(paysanne, prolétaire, ouvrière) ont continué à se conformer à leurs
propres modèles antiques : la répression se limitait à obtenir des
paysans, des prolétaires ou des ouvriers leur adhésion verbale.
Aujourd’hui, en revanche, l’adhésion aux modèles imposés par le Centre
est totale et sans conditions. Les modèles culturels réels sont reniés.
L’abjuration est accomplie. On peut donc affirmer que la « tolérance »
de l’idéologie hédoniste, défendue par le nouveau pouvoir, est la plus
terrible des répressions de l’histoire humaine. Comment a-t-on pu
exercer pareille répression ? A partir de deux révolutions, à
l’intérieur de l’organisation bourgeoise : la révolution des
infrastructures et la révolution du système des informations. Les
routes, la motorisation, etc. ont désormais uni étroitement la
périphérie au Centre en abolissant toute distance matérielle. Mais la
révolution du système des informations a été plus radicale encore et
décisive. Via la télévision, le Centre a assimilé, sur son modèle, le
pays entier, ce pays qui était si contrasté et riche de cultures
originales. Une œuvre d’homologation, destructrice de toute
authenticité, a commencé. Le Centre a imposé - comme je disais - ses
modèles : ces modèles sont ceux voulus par la nouvelle
industrialisation, qui ne se contente plus de « l’homme-consommateur »,
mais qui prétend que les idéologies différentes de l’idéologie
hédoniste de la consommation ne sont plus concevables. Un hédonisme
néo-laïc, aveugle et oublieux de toutes les valeurs humanistes, aveugle
et étranger aux sciences humaines. »
Ecrits Corsaires - Pier Paolo Pasolini
Dégoté sur le site Périphéries.net