Victime de la mode, tel est son nom de code
Ce qui m'attire le plus chez quelqu'un, qu'il soit homme ou femme, ce sont ses failles. Ces blessures, petites ou profondes, qui rendent plus indulgent, plus compréhensif vis-à-vis d'autrui, libèrent du carcan des certitudes, de la convenance et du convenu. J'aime les gens cabossés par la vie, qui ont surmonté plein de trucs sans s'aigrir ou se penser en victime.
C'est peut-être ce que je déteste le plus dans le sarkozysme, cette manie de se définir comme une victime innocente. Forcément innocente. Victime des immigrés, trop nombreux, trop feignants, trop basanés, trop musulmans. Victime des fonctionnaires, trop nombreux, trop feignants, trop payés, trop grévistes. Victime des chômeurs, trop nombreux, trop feignants, trop coûteux. Victime des fumeurs, des malades, des pauvres, des vieux, des jeunes... Victime nombriliste, geignarde, avide de réparation, de vengeance.
Ils sont plusieurs, dans la blogosphère, à avoir tenté de définir le sarkozysme. Plus nombreux encore sont ceux qui en décrivent patiemment les effets, jour après jour, déployant des trésors de pédagogie. Ca force mon admiration.
Je suis arrivée à un stade où, lorsque j'entends la voix du TGH, comme l'appelle Omelette, j'éteins la radio (France Info si je suis dans la cuisine, France Inter si je suis dans la chambre, l'une ou l'autre si c'est dans la voiture). Le sarkozysme ambiant me plonge dans une grande solitude. Pas celle à laquelle je suis habituée depuis l'enfance et que je chéris. Non, une solitude qui m'est inconnue, hostile. Celle qui vous saisit à la gorge alors que vous êtes entouré de congénères, que vous faites la queue au supermarché ou au cinéma, que vous attendez vos enfants à la sortie de l'école, et que vous entendez, sans vraiment les écouter d'abord, les bribes de discussion autour de vous.
Comment communiquer avec ces gens qui croient dur comme fer que le bouclier fiscal, les expulsions (pardon, "éloignements"), l'augmentation des caméras de vidéosurveillance et des effectifs de police, la disparition du Code du Travail et des 35 heures résoudront tous leurs problèmes ? Et puis surtout, à quoi bon ?
Je ne méprise pas ces gens : je ne trouve tout simplement plus de raisons, bonnes ou mauvaises, de parler avec eux, coincée que je suis entre ma détestation du prosélytisme, du prêchi-prêcha quel qu'il soit, et mon aversion pour l'attitude sarkozyste qui consiste à ne penser qu'à sa gueule, au détriment d'autrui en général et des plus faibles en particulier.
Le fossé existe - à quoi bon le nier ? - et il s'élargit, se creuse un peu plus chaque jour. Bientôt, il deviendra tranchée boueuse et nous nous foutrons sur la gueule, pour au bout du compte nous souvenir que nous sommes frères. Toute la question est de savoir combien de temps ça va durer...