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9 décembre 2007

Victime de la mode, tel est son nom de code

Ce qui m'attire le plus chez quelqu'un, qu'il soit homme ou femme, ce sont ses failles. Ces blessures, petites ou profondes, qui rendent plus indulgent, plus compréhensif vis-à-vis d'autrui, libèrent du carcan des certitudes, de la convenance et du convenu. J'aime les gens cabossés par la vie, qui ont surmonté plein de trucs sans s'aigrir ou se penser en victime.

C'est peut-être ce que je déteste le plus dans le sarkozysme, cette manie de se définir comme une victime innocente. Forcément innocente. Victime des immigrés, trop nombreux, trop feignants, trop basanés, trop musulmans. Victime des fonctionnaires, trop nombreux, trop feignants, trop payés, trop grévistes. Victime des chômeurs, trop nombreux, trop feignants, trop coûteux. Victime des fumeurs, des malades, des pauvres, des vieux, des jeunes... Victime nombriliste, geignarde, avide de réparation, de vengeance.

Ils sont plusieurs, dans la blogosphère, à avoir tenté de définir le sarkozysme. Plus nombreux encore sont ceux qui en décrivent patiemment les effets, jour après jour, déployant des trésors de pédagogie. Ca force mon admiration.

Je suis arrivée à un stade où, lorsque j'entends la voix du TGH, comme l'appelle Omelette, j'éteins la radio (France Info si je suis dans la cuisine, France Inter si je suis dans la chambre, l'une ou l'autre si c'est dans la voiture). Le sarkozysme ambiant me plonge dans une grande solitude. Pas celle à laquelle je suis habituée depuis l'enfance et que je chéris. Non, une solitude qui m'est inconnue, hostile. Celle qui vous saisit à la gorge alors que vous êtes entouré de congénères, que vous faites la queue au supermarché ou au cinéma, que vous attendez vos enfants à la sortie de l'école, et que vous entendez, sans vraiment les écouter d'abord, les bribes de discussion autour de vous.

Comment communiquer avec ces gens qui croient dur comme fer que le bouclier fiscal, les expulsions (pardon, "éloignements"), l'augmentation des caméras de vidéosurveillance et des effectifs de police, la disparition du Code du Travail et des 35 heures résoudront tous leurs problèmes ? Et puis surtout, à quoi bon ?

Je ne méprise pas ces gens : je ne trouve tout simplement plus de raisons, bonnes ou mauvaises, de parler avec eux, coincée que je suis entre ma détestation du prosélytisme, du prêchi-prêcha quel qu'il soit, et mon aversion pour l'attitude sarkozyste qui consiste à ne penser qu'à sa gueule, au détriment d'autrui en général et des plus faibles en particulier.

Le fossé existe - à quoi bon le nier ? - et il s'élargit, se creuse un peu plus chaque jour. Bientôt, il deviendra tranchée boueuse et nous nous foutrons sur la gueule, pour au bout du compte nous souvenir que nous sommes frères. Toute la question est de savoir combien de temps ça va durer...

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Commentaires
F
Dans la précipitation, j'ai oublié de te dire que, venant de toi, le compliment me touche énormément !<br /> Bises
F
Je veux bien te croire quand tu dis que Toulouse est un havre de paix civile. Mais on peut penser que ce n'est qu'un îlot, une "poche de résistance". Pendant que les mémés toulousaines rêvent d'en découdre avec l'Empereur, la préfecture de Haute-Garonne pond une directive à l'attention de tous les salariés des services publics pour systématiser la dénonciation des étrangers (et des personnes leur venant en aide), en contournant la loi...<br /> <br /> Bises, camarade !
F
Je suis à Toulouse où chiffres en main, Ségo a été élue présidente. J'échappe donc à ce sentiment (mais que tu racontes fort bien).<br /> Ici, dans la rue, même les mémés qui aiment la castagne (salut à Nougaro) se moquent du nain prétentieux et de ses combines.<br /> Ca parle de l'impôts des riches qui baisse et des pensions qui n'augmentent pas.<br /> Ça parle des sdf pour qui on ne fait rien (par exemple leur installer des toilettes, bin ça coute trop cher alors ils se débrouillent sur le trottoir).<br /> Cela dit, ce décalage entre l'humeur ambiante en haut lieu et la vie quotidienne est quand même largement perceptible. Un peu comme si ce néo-président vivait dans un autre monde que le nôtre…<br /> :-)))<br /> <br /> (bel article Flo Py ! :-)) ).
F
D'accord avec ton analyse : ce qui nous tombe dessus n'est pas le fruit du hasard, mais celui d'un long et lent travail de sape, entrepris il y a plusieurs décennies.<br /> <br /> Ceci expliquant peut-être cela... Un peu comme si quelqu'un avait jeté un pavé du 300ème étage. Le type qui balance le pavé sait très bien qu'il pèsera vachement plus lourd à l'arrivée qu'au départ (j'ai pas seulement séché mes cours d'anglais, au lycée ; j'évitais autant que possible ceux de sciences physiques. D'où de groooosses lacunes...), mais pour celui qui le prend sur le coin du museau, il n'y a que le poids d'arrivée qui importe (et qui fait très mal).<br /> <br /> Bon, je me sens pas claire, sur ce coup-là... Je vais aller finir mon verre de Côtes du Rhône, et me mettre un dvd :-)<br /> <br /> Bises et bonne soirée !
F
Alors pour Libertel, ne te fatigue pas... Je ne sais pas si tu l'avais reconnu, mais Libertel, c'est Surf, c'est OLA, bref c'est Olivier Fournier. Je présume qu'il s'est rabattu ici après avoir été (une fois de plus) exclu de Plume de presse pour cause de gerbitude...<br /> <br /> Pour le reste, comme souvent, je suis entièrement d'accord avec toi. L'influence supposée des blogs me laisse très sceptique. Par contre, "c'est bon pour le moral" (comme dit le poète). (Hum... désolée, on s'est ouvert un Côtes du Rhône, ce soir...) Le tien, par exemple, est pas super comme signe qu'il y a encore quelqu'un dans la pièce à côté :-)<br /> <br /> Bisous, Kiki ! Bonne soirée !
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