Le 115 (rapport à Bénabar)
En fin de comptes, ce n'est pas si mal que cette foutue machine ait avalé mon billet, tout à l'heure. Parce que, du coup, j'ai pu lire le dernier post du Yéti, et aussi celui de Sébastien Fontenelle. A eux deux, ils disent très bien ce que je ressens, mais ils écrivent beaucoup mieux !
D'autre part, ça m'a laissé le temps d'apprendre (enfin, c'est moins une découverte qu'une confirmation) qu'on nous prend pour des débiles. Ce qui nous a été annoncé comme une nouvelle de dernière minute (en tout cas, sur France Inter, aux infos de midi), s'est en réalité passé il y a trois jours ! En effet, Madame Zhang, la femme chinoise qui s'était jetée par la fenêtre à l'arrivée de la police, jeudi dernier, a succombé à ses blessures dans la nuit de vendredi à samedi.
Ou encore de lire, sur le blog de Fanny et aussi celui de Torapamavoa, que des employés de Conforama avaient organisé une manif de droite pour de la vraie (c'est-à-dire, pas drôle), hier, à Herblay (Val d'Oise). Ils étaient quatre cents, habillés de tee-shirts jaunes et coiffés d'une casquette bleue, à protester contre la condamnation de l'enseigne pour ouverture dominicale illégale, et à réclamer le droit de travailler le dimanche. Sur leurs banderoles, on pouvait lire des slogans très tendance. Genre "Libérez le dimanche !", ou encore "FO touche pas à nos salaires !". Si si. A l'origine de cette mobilisation, il y a une association de salariés : "Génération Confo IDF"...
Il y a aussi cet extrait de la lettre de mission envoyée par Nicolas Sarkozy à sa "collaboratrice", Christine Albanel. "Vous exigerez de chaque structure subventionnée qu'elle rende compte de son action et de la popularité de ses interventions, vous leur fixerez des obligations de résultats et vous empêcherez la reconduction automatique des aides et des subventions.". Déjà, la lettre de la ministre à Henri Taquet était restée un peu en travers de la gorge des professionnels du spectacle. Mais là, ça commence à faire beaucoup. Le Syndeac, qui avait déjà publié un communiqué pour faire part de leurs inquiétudes, se réunissait aujourd'hui en assemblée générale pour "analyser une situation de plus en plus préoccupante et décider des actions à engager".
Ben oui. Mais le souci, c'est qu'on en est tous plus ou moins là. A s'inquiéter et à se demander quelles sortes d'actions on pourrait bien engager. Et pendant qu'on réfléchit, qu'on écume de rage ou qu'on pleure, le grouspucule de nantis qui a pris démocratiquement le pouvoir thatchérise et pétainise chaque jour un peu plus la France.
Il y a ceux qui s'en réjouissent. Ceux qui s'en foutent. Ceux qui ne veulent rien savoir, ou alors le moins possible. Ceux qui se cabrent. Ceux qui se rassurent comme ils peuvent. Ceux qui antisarkottent. Mais tous ensemble, nous formons finalement une masse inerte, inconscients de notre force, parce qu'encore incapables de nous unir et de nous organiser.